L'histoire de Bussy-Saint-Georges : un village devenu ville.
- Vivre Bussy
- 15 janv.
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Pour beaucoup de ses habitants, Bussy-Saint-Georges est une ville récente, une ville moderne, structurée, dynamique, parfois perçue comme sans passé et origine.
Et pourtant, Bussy-Saint-Georges a une histoire ancienne, profonde et singulière, qui mérite d’être racontée.

Aux origines : un territoire habité depuis des millénaires
Les premières traces d’occupation humaine à Bussy remontent à la fin de l’âge du Bronze, entre 1100 et 900 avant J.-C. Des fouilles archéologiques ont mis au jour des greniers et des silos attestant d’une activité agricole structurée dès l’Antiquité.
Aux périodes gauloise puis gallo-romaine, le territoire est cultivé, habité, traversé par des échanges commerciaux. Bussy n’est pas un lieu isolé : il s’inscrit dans un réseau de villages briards reliés à Lagny, Meaux et Paris.
La première mention écrite de Bussy apparaît en 841, sous le règne de Charles le Chauve. Le village se développe alors dans un cadre féodal classique. C’est au XIIIᵉ siècle que l’histoire prend un tournant décisif avec la séparation en deux paroisses distinctes : Bussy-Saint-Georges et Bussy-Saint-Martin.
Cette division est l’œuvre de la famille de Buci, seigneurs du lieu pendant près de trois siècles.
Chacun des deux fiefs choisit un saint patron : Georges pour l’un, Martin pour l’autre.
Le nom même de Bussy raconte cette histoire. Issu du latin Buscus, signifiant « bois », il rappelle que la forêt structure depuis toujours le paysage et l’identité locale. L’orthographe évoluera au fil des siècles avant de se fixer définitivement à la Renaissance.
Un village agricole et productif
Pendant des siècles, Bussy vit essentiellement de l’agriculture. Les grandes exploitations — le Genitoy, la Jonchère, Roquemont — organisent la production céréalière, l’élevage, puis la culture de la betterave au XIXᵉ siècle.
La vigne, introduite dès l’époque romaine, occupe une place non négligeable jusqu’au XVIIIᵉ siècle. On en trouvait notamment au Clos Saint-Georges ou au Champ Fleuri. Le vin de Bussy était suffisamment reconnu pour être mentionné dans des documents ecclésiastiques médiévaux. Cette activité décline progressivement, remplacée par les vergers et les cultures vivrières.
Autour de ces exploitations s’organise une vie villageoise dense : artisans, aubergistes, commerçants, instituteurs. Le village reste modeste, mais vivant.
Un patrimoine structurant et une histoire nationale
Le paysage de Bussy est marqué par des bâtiments emblématiques :
l’église paroissiale, reconstruite au XVIᵉ siècle,
la tour médiévale, vestige de l’ancien château seigneurial,
le moulin Russon, rare exemple de moulin à eau « en dessus » en Île-de-France,
les grandes fermes, véritables centres économiques du territoire.
Bussy croise aussi la grande Histoire. Au XVIIᵉ siècle, sous Louis XIV, la ferme du
Génitoy accueille Madame de Montespan, favorite du roi, qui y met au monde l’un de ses enfants.
Ce choix n’est pas anodin : Bussy est alors un village discret, éloigné de Paris, comptant à peine 500 habitants. Cette parenthèse royale illustre l’importance stratégique et géographique du site.

Du XVIIIᵉ au XIXᵉ siècle : lente modernisation
La Révolution française bouleverse l’ordre ancien. Les droits seigneuriaux sont abolis, les terres redistribuées. Bussy devient une commune du département de Seine-et-Marne, rattachée au canton de Lagny.
Le château, déjà en ruine, disparaît définitivement. La tour est conservée et reconvertie au fil du temps.
Le XIXᵉ siècle apporte des transformations progressives :
création d’une école communale,
mise en place de l’éclairage public,
apparition du téléphone,
aménagement de lavoirs publics,
puis, plus tardivement, arrivée de l’électricité et de l’eau courante.
Ces évolutions sont souvent tardives par rapport aux grandes villes, mais elles témoignent d’une volonté constante d’adaptation, malgré des moyens limités.

Les guerres et leurs cicatrices
Comme l’ensemble de la Brie, Bussy subit de plein fouet les conflits.
La guerre de 1870 entraîne occupation et réquisitions.
La Première Guerre mondiale mobilise hommes, femmes et enfants : le village, situé dans le camp retranché de Paris, participe à l’effort agricole et logistique.
La Seconde Guerre mondiale impose à nouveau pénuries et réquisitions, malgré une relative autosuffisance alimentaire.
À chaque fois, le village se relève, mais les pertes humaines et les traumatismes accélèrent les mutations sociales.
Après 1945, la société rurale traditionnelle commence à se déliter.

Un village en perte de vitesse
Comme beaucoup de village, dans les années 1950-1970, Bussy connaît un lent déclin et un exode de sa population vers les villes. Les commerces ferment, les traditions locales — comme la fête de la Saint-Georges — s’étiolent.
La population stagne autour de 600 habitants. Bussy devient un village fragilisé économiquement, à la veille d’un bouleversement majeur.
Le choc de la ville nouvelle
Les 30 glorieuses (1960-1990) ont vu la France, sous l’impulsion de Charles de Gaulle et de Georges Pompidou, développer son économie, ses infrastructures (eau/gaz/électricité…), ses équipements pour la famille (les fameuses années des baby boomer).
C’est aussi à cette période que la France a construit des villes nouvelles pour répondre au besoin de logements en Ile de France particulièrement :
Cergy-Pontoise
Marne-la-Vallée
Evry
Melun- Sénart
Saint-Quentin-en-Yvelines
Le territoire de Marne la Vallée s’étend de Noisy le Grand jusqu’au futur Disney. L’ensemble du territoire est géré par un établissement public d’aménagement EPA Marne (secteur I à secteur IV).
En 1971, Bussy devient Opération d’Intérêt National (OIN).
Cela veut dire que :
l’État, via EPA Marne, rachète les terrains, planifie l’urbanisation, construit l’éclairage, les réseaux sanitaires (eaux usées-eaux de pluie), réseaux électriques et téléphoniques, des voiries, des trottoirs, des équipements publics de type écoles, gymnases…
La commune n’est plus propriétaire de ses sols, une situation unique qui conditionne encore aujourd’hui son développement.
En 1985, Bussy est défini « secteur III » de Marne la Vallée par le décret du 4 avril 1985, qui fait d’elle une nouvelle agglomération à commune dite unique et qui prend le nom de Val-de-Bussy.
Ferrières, Collégien et Bussy-Saint-Martin, qui ne veulent pas appartenir à un complexe urbain unique, concèdent une partie de leur territoire à Bussy-Saint-Georges. Ainsi, l’urbanisation se concentre principalement sur Bussy et soulage les villes alentours qui veulent y échapper.

Une croissance fulgurante
La première augmentation de population est due au développement des Violennes au début des années 80 (appelées « greffe » à l’époque).
Les développements des quartiers du Golf et du Clos Saint Georges, du Tillet, la première partie du Centre Ville (rue des challands/jean Monnet, la Grand place) se font à la fin des années 80, début 90.
L’ouverture de la gare RER A en 1992, combinée à l’arrivée de Disneyland Paris, agit comme un accélérateur.
En quelques décennies, la population explose :
580 habitants deviennent plusieurs milliers, puis des dizaines de milliers.
La ville se construit vite. Très vite.
Trop vite, parfois.
D’une gestion de commune rurale classique, la ville passe à une gestion avec l’Etat par
l’intermédiaire du Groupe Central des villes Nouvelles, pourvoyeur de subvention d’équilibre (budget de fonctionnement et d’investissements).
Tous les ans, le Maire négocie sa subvention d’équilibre au ministère des Finances (Bercy).
Pourquoi ?
Parce que à ce stade de développement, il faut investir dans les équipements publics
avant l’arrivée des habitants. Et les ressources communales ne peuvent pas financer ces
investissements, avec ses propres impôts.
Les subventions d’équilibre contribuent aux recettes.

Les déséquilibres
Jusqu’en 1998 , les maires qui se sont succédés avaient comme objectif une gestion de bon père de Famille.
A partir de 1998, le développement immobilier a pris un essor beaucoup plus important.
En 2010 la ville est mise sous surveillance de l’Etat et les impôts locaux (Taxe d'habitation et Taxe foncière) doublent, car la ville a depuis longtemps consommé ses réserves et n’est plus crédible face à ses tutelles : Ministère des finances, du logement et de l’écologie.
La gestion aventureuse du maire en place de 1998 à 2014, conduit Bussy a devenir la troisième ville la plus endettée de France.
En 2012, le Maire en poste depuis 1998, Hugues Rondeau, fait voter une délibération qui fait passer l’eco-quartier du Sycomore de 1 800 à 4 500 logements. Les prescriptions d’urbanisme changent car le Maire accepte une nouvelle architecture : suppression des toits à pentes, et autorisation des toits terrasse.
Pourquoi ?
Pour construire plus et plus vite !
Le Maire actuel Yann Dubosc, alors dans l’opposition, vote contre.
Par deux fois en 2014 et 2015, le Maire Hugues Rondeau est battu par Chantal Brunel qui a pris dans son équipe comme 1 er adjoint Yann Dubosc.
2015 voit la première baisse des taxes locales.
2016-2025 : le temps du redressement
Fin 2015, un groupe de 16 élus démissionnent un an après leur élection.
En 2016, Yann Dubosc devient Maire de la Ville.
Une nouvelle phase s’ouvre : celle de l’investissement, de la stabilisation, du désendettement et de la reconquête de la crédibilité financière.
Une stratégie rigoureuse est engagée :
réduction massive de la dette,
retour des financements de l’État sur les équipements publics : une nouvelle convention de développement de la ville est signée avec EPA Marne : 80% des équipements publics sont désormais financés par l’Etat. (jusqu’à cette date, la Ville payait la presque totalité des équipements).
Septembre 2020-2023-2025 : Ouverture des groupes scolaires Jacques Chirac, Simone Veil, et Arnaud Beltrame. Ces trois établissements permettent d’accueillir sereinement les enfants des familles ayant décidé de venir s’installer à Bussy.
3 baisses successives des impôts locaux,
renforcement de la démocratie de proximité avec les comités de quartiers.
De 2020 à 2022, la COVID a rythmé la vie des français, puis est venue la guerre en Ukraine et l’inflation galopante, que nous n’avions pas connue depuis longtemps.
La commune a accompagné les habitants dans ces moments difficiles en distribuant des masques, en livrant des repas aux ainés, et en protégeant les plus faibles.
Les conséquences de ces deux ans ont été la hausse des coûts à la construction. Les banques ont également relevé les taux du crédit, empêchant certains couples de pouvoir acheter.
Enfin les investissements publics et privés ont été soit retardés, soit pour certains abandonnés.
En 2022, l’appel à projet pour construire sur fonds privés un pôle ludique est lancé, qui verra l’intégration du musée du jeu vidéo en 2023.
En 2023, la troisième baisse d’impôts est réalisée, la plantation de la forêt urbaine dessine l’entrée de ville, et deux structures dédiées à la jeunesse sont créées.
D’un point de vue finances publiques, la Direction Départementale des finances publiques donne un satisfecit de gestion au Maire, en signant une convention de partenariat permettant une collaboration de gestion pointue entre les parties. C’est une distinction importante après tant d’années de dérive budgétaire et financière.
En 2024, la passerelle reliant Bussy à Ferrieres est enfin construite après 30 ans de tergiversation des pouvoirs publics.
La même année, la piscine prévue depuis plus de 20 ans est enfin votée par la Ville et Marne et Gondoire (construction exploitation et maintenance) et son permis de construire est déposé.
Le centre de sécurité urbaine double sa surface au sol et peut ainsi accompagner le doublement du nombre de caméras de vidéo protection (100 aujourd’hui).
En 2025, Signature du projet du pôle de santé en entrée de ville de 2 500 m² d’imageries médicales, laboratoire d’analyses médicales, de cabinet de spécialistes et généralistes, avec Office Santé, spécialiste de la gestion de lieux de santé.
Le quartier du Sycomore, si peu connu et tant décrié par ceux qui n’y habitent pas, se développe vers l’Est. Les Commerces arrivent, et l’emplacement pour un futur centre sportif est défini.
Il nous a semblé intéressant de voir l’évolution de la population sur les 45 dernières années (sources INSEE) :
1980 : 600
1990 : 1 500
1999 : 9 200
2007 : 20 000
2011 : 25 000
2016 : 27 000
2022 : 27 000

Une ville qui assume son avenir
Construire une ville, c’est comprendre son passé, maîtriser ses contraintes institutionnelles, respecter ses équilibres financiers et penser aux générations futures.
Aujourd’hui, Bussy-Saint-Georges n’est plus une ville nouvelle en construction permanente.
Elle entre dans l’âge de la responsabilité.
La ville se projette désormais avec une vision à long terme, attentive à son cadre de vie, à sa cohésion sociale et à son identité.
Bussy est née d’un village, façonnée par l’État, fragilisée par une croissance mal maîtrisée, puis redressée par une gestion rigoureuse et une ambition collective retrouvée.
Cette histoire continue.
Elle mérite d’être connue, comprise et poursuivie avec lucidité.



